
Annie est venue me voir pour la première fois fin avril.
Ses premiers mots étaient inquiétants : « Mon cerveau ne m’obéit plus. » Elle décrivait une sensation de brouillard permanent, des troubles de l’équilibre — « les gens dans la rue doivent penser que je suis une ivrogne » — et une grande fatigue. Elle me disait aussi qu’elle n’avait plus goût à grand-chose. Parfois même, plus vraiment goût à la vie.
Une voisine lui avait parlé de moi. Alors elle avait décidé d’essayer.
Face à certaines situations, je ne sais jamais jusqu’où une séance pourra aider. Je pose les mains, j’écoute, je ressens… et je fais simplement de mon mieux.
Annie est revenue aujourd’hui pour sa troisième séance. Et quelque chose a profondément changé. Son visage n’est plus le même. Sa voix non plus. Elle dort mieux. Elle se sent plus stable. Le brouillard qu’elle décrivait a quasiment disparu. Et surtout, elle a retrouvé de l’élan.
Ce sont des moments comme celui-là qui, même après toutes ces années, continuent de me surprendre et de me toucher.
Je ne sais pas expliquer précisément tout ce qui se passe lorsque je pose les mains. Je sais simplement ce que j’observe : parfois, quelque chose se remet en mouvement.
Et puis il y a autre chose.
Au fil des séances, certaines rencontres laissent une trace particulière. Un lien humain se crée, discret mais réel.
Aujourd’hui, en voyant Annie entrer dans mon cabinet avec ce visage différent de celui de notre première rencontre, j’ai simplement pensé : « Quel chemin parcouru en si peu de temps… »
