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LA JUSTE PLACE

Par Christophe Rebours

Oui, il m’arrive de soulager des personnes qui viennent jusqu’à moi.

Oui, il arrive que cet apaisement aille beaucoup plus loin et que certaines me parlent de guérison.

Oui, je coupe le feu lorsque cela est nécessaire et j’accompagne les brûlures, les zonas ou certains effets indésirables des traitements médicaux.

Oui, il y a quelques années, j’ai décidé d’accueillir pleinement cette capacité que je découvrais en moi, de la travailler, de la développer et d’en faire mon métier.

Et oui, certains jours, ce qui se passe sous mes mains continue de m’étonner.

Alors une question revient régulièrement : quelle est ma juste place dans tout cela ?

Pendant longtemps, j’ai peut-être cherché la réponse dans deux directions opposées. D’un côté, ne surtout pas me prendre pour celui qui guérit. De l’autre, ne pas nier non plus ce que je vois, ce que je ressens et ce que vous me racontez après les séances.

Aujourd’hui, ma place me semble un peu plus claire. Je soigne, oui ; je m’engage pleinement dans ce que je fais ; je cherche ; je ressens ; je transmets. Je mets mon expérience, mes mains, mon intuition et tout ce que je suis au service de la personne qui se trouve devant moi.

Mais je ne décide pas de la guérison.

Et cette distinction change tout. Car il existe, dans chaque séance, une part qui ne m’appartient pas. Votre corps a sa propre intelligence. Votre énergie a son propre mouvement. Et il existe peut-être aussi quelque chose qui nous dépasse, vous comme moi, et auquel je ne saurais donner un nom avec certitude.

Je peux accompagner ce mouvement, peut-être parfois le favoriser, je peux lui offrir mes mains, mais je ne peux ni le commander, ni le promettre. Cela ne diminue en rien ce que je fais, au contraire. Cela me permet de l’exercer pleinement sans me prendre pour plus grand que je ne suis.

Et lorsque l’improbable arrive — lorsqu’une douleur disparaît, lorsqu’un corps semble soudain retrouver quelque chose qu’il avait perdu — je peux simplement m’en réjouir avec vous, sans avoir besoin de m’en attribuer tout le mérite.

Et lorsque rien ne se passe, ou pas suffisamment, je dois aussi accepter que mes mains ont leurs limites. Peut-être est-elle là, finalement, ma juste place.

Ne pas nier ce qui passe par moi.
Ne pas prétendre que cela vient entièrement de moi.

Entre les deux, il existe un espace. C’est celui dans lequel j’essaie, chaque jour, de me tenir.