
Il y a quelques jours, Simone est entrée au cabinet.
Du haut de ses 85 printemps, le regard bleu pétillant, le rire facile, elle est porteuse d’un dynamisme presque déroutant. J’aimerais sincèrement avoir son énergie dans trente ans.
Elle vient pour des douleurs lombaires.
Les examens ont mis des mots sur ses douleurs : scoliose, arthrose et canal lombaire rétréci.
Des années que cela dure. Des années d’examens, de traitements, d’essais… sans véritable soulagement.
« C’est comme ça, ma p’tite dame… il faut vous y faire… c’est l’âge. »
Alors la douleur s’installe. Elle grignote les déplacements, les sorties, les envies. Moins on bouge, plus le corps se fige.
Effet papillon : moins d’exercice, un peu plus de poids… et davantage de contraintes encore.
Et pourtant…
Sa tête est vive, son humour intact, ses envies sont toujours présentes à son esprit.
Elle s’assied sur le tabouret.
Je pose les mains.
Cinq minutes, peut-être dix.
Je lui propose ensuite de se lever pour poursuivre le soin sur la table.
Et là… une larme coule, silencieuse.
Elle me regarde, surprise, presque incrédule.
« La douleur est partie. Comment est-ce possible ? »
Je n’ai pas vraiment de réponse à lui donner.
Et je ne sais pas davantage ce que les heures ou les jours suivants feront de ce soulagement.
Mais à cet instant précis, quelque chose vient de changer.
Simone se lève avec moins de douleur.
Et peut-être surtout avec une autre idée de ce dont son corps est encore capable.
À 85 ans, après des années d’arthrose, de scoliose, de canal lombaire rétréci et de douleurs, son corps vient simplement de lui rappeler qu’il n’avait peut-être pas dit son dernier mot.
