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LE RETOUR DES RÊVES

Par Christophe Rebours

« Monsieur Rebours… Comment avez-vous fait ? Vous m’avez rendu mes rêves. »

Je vous promets que je n’invente rien.

Cette phrase m’a été offerte un matin, à l’ouverture de mon cabinet.

Et je ne sais pas si la personne qui me l’a dite pouvait imaginer à quel point elle allait me toucher.

Jeanne était venue me voir une première fois quelques jours auparavant.

Elle avait perdu quelque chose que nous considérons comme parfaitement banal… jusqu’au jour où il disparaît : le sommeil.

Le soir, elle allait se coucher fatiguée.

Elle s’allongeait dans son lit, attendait que le sommeil arrive…

Mais il ne venait pas.

Ou alors mal.

Quelques instants, quelques heures, des réveils, puis cette sensation au matin de n’avoir jamais vraiment quitté la veille.

Et plus les nuits devenaient difficiles, plus le sommeil devenait une préoccupation.

Il fallait dormir.

Elle voulait dormir.

Elle avait besoin de dormir.

Et parfois, plus on attend le sommeil, plus il semble prendre plaisir à se faire désirer.

Lors de notre première rencontre, je ne savais évidemment pas ce qui allait se passer.

Je lui ai proposé de s’allonger.

J’ai posé les mains.

J’ai travaillé comme je le fais toujours : en essayant de ressentir, de suivre ce qui se présente et de ne pas trop décider à l’avance de ce que son corps devrait faire.

Puis Jeanne est repartie.

Une dizaine de jours plus tard, elle revient.

Elle ouvre la porte et me dit : « Monsieur Rebours… Comment avez-vous fait ? Vous m’avez rendu mes rêves. »

Je reste un instant silencieux.

Elle dort à nouveau.

Et surtout, elle rêve.

Je pourrais essayer de vous expliquer ce que j’ai fait ce jour-là.

Vous parler d’apaisement, d’énergie, de relâchement, de ce que j’ai ressenti sous mes mains.

Mais la réponse la plus exacte serait probablement : je ne sais pas précisément.

Je sais ce que j’ai fait pendant la séance.

Je sais ce que Jeanne m’a raconté lorsqu’elle est revenue.

Entre les deux, il y a son corps, son sommeil… et cette part de mystère que je rencontre régulièrement dans mon métier.

Et finalement, ce matin-là, ce n’est pas seulement le retour de son sommeil qui m’a touché.

C’est le mot qu’elle a choisi.

Elle ne m’a pas dit : « Je dors mieux. »

Elle ne m’a pas dit : « Je ne me réveille plus. »

Elle m’a dit : « Vous m’avez rendu mes rêves. »

Quelques mots seulement.

Mais derrière eux, j’ai entendu le repos retrouvé, les nuits qui redeviennent des nuits, et peut-être quelque chose d’encore plus précieux : une part de vie qui avait repris sa place.

Voilà aussi pourquoi j’aime profondément ce métier.

Il y a les séances.

Il y a mes mains.

Il y a ce que je comprends.

Il y a ce que je ne comprends toujours pas.

Et puis, de temps en temps, quelqu’un pousse la porte et m’offre une phrase comme celle-là.

« Vous m’avez rendu mes rêves. »

Et pendant quelques secondes…

c’est moi qui rêve un peu.