
Jeudi dernier, Thomas arrive pour sa deuxième séance.
Il est à peine entré dans le cabinet qu’il me lance : « Mais qu’est-ce que vous avez fait ? Côté santé… je roule sur l’or depuis que je suis venu vous voir ! »
La semaine précédente, il était arrivé avec une liste de douleurs qui aurait presque pu rivaliser avec le répertoire des conquêtes de Don Giovanni.
Canal lombaire bouché, pied handicapé, douleurs dorsales, vertiges, problèmes de sommeil, soucis digestifs…
Il y avait du travail.
Et le voilà, quelques jours plus tard, devant moi.
Le visage a changé.
Il y a de la lumière dans les yeux, de l’énergie dans la voix et cette phrase magnifique : « Je roule sur l’or. »
Voilà.
Il est là, mon salaire.
Vraiment là.
Bien sûr, il y a celui que vous me versez à la fin de la séance.
Il est nécessaire. Il paie ma maison, mes courses, mes vacances. Il me permet de vivre de ce métier que j’ai choisi et de continuer à l’exercer dans de bonnes conditions.
Je n’ai aucune envie de faire semblant que l’argent ne compte pas.
Mais il ne raconte pas pourquoi, certains soirs, je referme la porte du cabinet avec le sentiment d’avoir reçu beaucoup plus que ce qui apparaît sur mon compte bancaire.
Ce deuxième salaire-là ne se dépose pas à la banque.
C’est un visage qui s’éclaire.
Quelqu’un qui me dit qu’il a enfin dormi.
Une douleur qui n’est plus là.
Une personne qui retrouve l’envie de sortir, de marcher, de travailler, de rire ou simplement de vivre sa journée normalement.
Parfois, c’est un simple message reçu deux jours plus tard : « Je vais mieux. »
Quelques mots.
Et pourtant, ils peuvent suffire à donner du sens à toute une journée.
Alors oui, je suis payé pour les séances que je réalise.
Mais je crois que mon premier salaire est ailleurs.
Il est dans ces moments où je vois revenir chez quelqu’un quelque chose que la douleur, la fatigue ou la maladie avaient fini par lui prendre.
Un peu de liberté.
Un peu d’élan.
Un peu de vie.
Je ne sais pas toujours exactement ce que mes mains ont fait.
Mais lorsque Thomas entre dans mon cabinet avec des étoiles dans les yeux et me dit : « Je roule sur l’or depuis que je suis venu vous voir »,
Moi aussi. Car je sais exactement ce que je ressens.
