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MUSICIEN AVANT DE DEVENIR MAGNÉTISEUR

Par Christophe Rebours

La musique a toujours occupé une place importante dans ma vie.

Enfant, j’ai étudié au conservatoire. Puis j’ai eu la chance de passer près de trente années de ma vie professionnelle dans l’univers artistique, d’abord comme enseignant, puis comme manager de spectacles.

Lorsque je suis devenu magnétiseur, j’ai eu l’impression de changer radicalement de monde. Avec le recul, je n’en suis plus si certain.

Car bien avant d’apprendre à écouter un corps, j’avais appris à écouter la musique. Et écouter vraiment la musique ne consiste pas seulement à entendre des notes. Un musicien apprend la justesse, le rythme, les silences, les tensions, les respirations. Il perçoit qu’une note sonne faux parfois avant même d’être capable d’expliquer pourquoi. Il sait qu’un silence peut avoir autant de force qu’un son. Il apprend surtout quelque chose d’étrange : à un moment, il faut cesser de penser à la musique pour commencer à la jouer.

Aujourd’hui, lorsque je travaille avec mes mains, je retrouve souvent cet état.

Je peux ressentir qu’un endroit du corps « sonne » différemment une tension, un mouvement, une densité, parfois au contraire, quelque chose de très fluide. Je pourrais chercher immédiatement à comprendre ce que cela signifie. J’ai appris à ne pas toujours le faire. Parce que mon intellect, aussi utile soit-il, peut parfois faire beaucoup de bruit au moment précis où j’ai besoin d’écouter.

Alors je reviens à ce que la musique m’a enseigné : Je ressens, j’écoute, j’attends, et je laisse mes mains trouver leur place.

Il m’arrive même de penser une séance comme une partition que je découvrirais au moment de la jouer. Il y a des passages agités, des endroits où quelque chose résiste, des silences, des reprises, parfois une forme de résolution. Et je ne connais jamais la partition à l’avance. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles je suis incapable de reproduire exactement une séance : chaque personne arrive avec sa propre musique.

Je ne crois donc pas avoir abandonné mon ancienne vie lorsque je suis devenu magnétiseur. Peut-être ai-je simplement changé d’instrument.

Pendant des années, j’ai appris à entendre ce qui se passait entre les notes. Aujourd’hui, j’essaie d’entendre ce qui se passe entre mes mains. Et dans les deux cas, quelque chose demeure mystérieux.

On peut apprendre la technique, on peut travailler, répéter, affiner sa perception, mais arrive toujours un instant où la technique doit s’effacer. Alors il ne reste plus qu’à écouter, et laisser résonner ce qui demande à l’être.

La sensation est, … c’est tout.

Le soulagement est …, c’est tout.

La guérison est, … c’est tout.

Il n’y a pas à comprendre, à savoir, à décortiquer, à disséquer. C’est ainsi.

Plus de pourquoi. Plus de comment.