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ÉRUCTATIONS ET BAILLEMENTS

Par Christophe Rebours

Ceux qui ont déjà fait une séance avec moi le savent : je fais parfois du bruit quand je travaille.

Je bâille. Je souffle. Il m’arrive aussi de roter.

Ce n’est pas toujours très élégant, j’en conviens. Et surtout : je ne le fais absolument pas volontairement.

Pendant longtemps, j’ai simplement constaté ces manifestations sans vraiment savoir quoi en faire.

Puis, au fil des séances, j’ai commencé à remarquer qu’elles n’apparaissaient pas n’importe quand.

Un enfant m’en a d’ailleurs donné un jour la plus jolie définition.

À la fin de sa séance, il m’a regardé et m’a dit : « On dirait que tu passes l’aspirateur dans mon corps. »

Je n’aurais probablement pas trouvé meilleure image.

Car c’est un peu ainsi que je vis certaines séances : comme si quelque chose circulait, se déplaçait, se libérait ou retrouvait progressivement sa place.

Avec les années, je me suis même constitué une sorte de petit dictionnaire personnel de ces manifestations.

Un rot puissant et soudain accompagne parfois un moment où je ressens une résistance qui cède.

Le bâillement apparaît davantage lorsque quelque chose semble se relâcher et que le travail devient plus fluide.

Le souffle, lui, vient souvent spontanément lorsque je ressens le besoin d’évacuer, de faire circuler, de laisser partir.

Est-ce réellement ce qui se produit ?

Je n’en sais rien.

Je sais seulement que mon corps réagit pendant que je travaille et que, séance après séance, certaines correspondances se répètent suffisamment pour que j’aie appris à les écouter.

Et puis il y a un autre moment que j’aime particulièrement.

Le bruit s’arrête.

Tout devient calme.

Mes mains ressentent moins de résistance, moins de mouvement. Quelque chose semble s’être apaisé.

Dans mon langage intérieur, j’ai parfois l’impression que le corps et l’énergie ont retrouvé leur place.

Je pourrais chercher à tout expliquer.

Je préfère souvent observer.

Parce qu’après toutes ces années, une partie de mon travail reste encore mystérieuse à mes propres yeux.

Et cela me convient assez bien.