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SOPHIE, PIERRE… ET MA PLACE À LEURS CÔTÉS

Par Christophe Rebours

Sophie est atteinte d’un cancer du sein. Pendant ses traitements de radiothérapie, elle vient me voir régulièrement. Puis, lorsque les séances médicales s’arrêtent, elle continue quelque temps à venir au cabinet.

Pierre, lui, traverse un cancer colorectal. Il vient recevoir des soins énergétiques alors qu’il est en chimiothérapie.

Deux personnes.

Deux cancers.

Deux histoires très différentes.

Mais chez l’un comme chez l’autre, je retrouve quelque chose qui me touche profondément : cette volonté de continuer à vivre au milieu de la maladie.

Sophie est encore jeune. Elle avance avec l’espoir de laisser un jour cette épreuve derrière elle.

Pierre semble avoir décidé, lui, que la maladie ne lui volerait pas le goût de vivre.

Et moi, au milieu de tout cela, quelle est ma place ?

Certainement pas celle de combattre leur cancer.

Le cancer appartient à la médecine.

Les examens, les diagnostics, les traitements, les décisions thérapeutiques appartiennent aux médecins qui les accompagnent.

Je n’y touche pas.

Ma place est ailleurs.

Lorsque Sophie vient après ses séances de radiothérapie, je peux notamment travailler comme coupeur de feu pour tenter d’apaiser les sensations provoquées par les rayons.

Lorsque Pierre arrive pendant sa chimiothérapie, je l’accueille avec ce qu’il traverse ce jour-là : sa fatigue, ses inconforts, ses sensations, parfois simplement son besoin de souffler.

Je pose les mains.

Je ressens.

J’accompagne.

Et j’essaie de leur offrir, pendant un moment, un espace dans lequel ils ne sont plus seulement « la personne qui a un cancer ».

Ils redeviennent Sophie.

Ils redeviennent Pierre.

Au fil des rendez-vous, quelque chose d’autre s’est installé.

Je ne sais pas exactement comment le nommer.

Une proximité particulière, peut-être.

Lorsque l’un ou l’autre franchit la porte du cabinet, je sais que nous n’allons pas vivre une séance tout à fait ordinaire.

Est-ce parce que je les vois régulièrement ?

Parce que je sais ce qu’ils traversent ?

Parce que, pendant les soins, je m’approche avec beaucoup de délicatesse de ces corps éprouvés par la maladie et les traitements ?

Probablement un peu de tout cela.

Et peut-être autre chose encore.

Je ne sais pas.

Ce que je sais, en revanche, c’est que ces moments passés ensemble comptent beaucoup pour moi.

Ils me rappellent quelque chose d’essentiel dans mon métier.

Je voudrais pouvoir tout réparer.

Parfois, face à quelqu’un qui souffre, une partie de moi aimerait avoir ce pouvoir-là.

Mais je ne l’ai pas.

Et ce n’est pas ma place.

Ma place consiste peut-être simplement à être là, avec ce que mes mains savent faire, ce que je ressens, ce que je peux apporter — sans jamais prétendre remplacer ceux qui soignent la maladie.

Et à accompagner, autant que je le peux, la personne qui la traverse.

Sophie et Pierre me racontent parfois ce qu’ils ressentent après nos séances.

Je les écoute.

Je suis heureux lorsque quelque chose s’apaise.

Et je reste profondément impressionné par leur force, leur détermination, leurs moments de fragilité aussi, et cette manière qu’ils ont chacun de continuer à avancer.

Alors aujourd’hui, je n’ai pas envie de vous raconter leurs cancers.

J’ai plutôt envie de vous parler de Sophie et de Pierre.

De deux êtres humains qui traversent une épreuve considérable.

Et de la chance que j’ai qu’ils m’autorisent, pour quelques instants de leur chemin, à marcher à leurs côtés.

Merci Sophie.
Merci Pierre.