
Avant mes mains, il y a vos mots.
Lorsque vous entrez dans mon cabinet, je vous demande ce qui vous amène. La réponse pourrait être simple : un mal de dos, des migraines, une fatigue qui ne passe pas, une brûlure, une douleur installée depuis des mois.
Et pourtant, très souvent, la conversation ne s’arrête pas là.
Parce qu’un corps n’arrive jamais seul. Il arrive avec une personne, avec son histoire, ses inquiétudes, ses espoirs, parfois ses peurs. Avec tout ce qu’elle comprend de ce qui lui arrive… et tout ce qu’elle ne comprend pas.
Alors je vous écoute, pas pour établir un diagnostic, ce n’est pas mon métier ; pas davantage pour chercher derrière chaque douleur une explication psychologique ou émotionnelle, ce serait beaucoup trop simple. Je vous écoute pour essayer de comprendre qui est devant moi.
Et écouter vraiment est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît. Il faut parfois faire taire ce que l’on croit savoir, ne pas préparer sa réponse pendant que l’autre parle, ne pas chercher immédiatement une solution. Accepter un silence, Entendre une hésitation, percevoir qu’un mot vient d’être prononcé différemment des autres. Et quelquefois accueillir ce qui ne sera pas dit.
Au fil des années, j’ai compris que cette écoute-là ressemble étrangement à celle que j’utilise pendant une séance. Avant, j’écoute vos mots, puis mes mains prennent le relais.
Je ressens une chaleur, une résistance, un mouvement, un endroit vers lequel elles semblent attirées. Je ne sais pas toujours ce que cela signifie. Alors, là encore, j’essaie de ne pas savoir trop vite. J’écoute.
Il y a finalement quelque chose de commun entre écouter une personne et écouter son corps : dans les deux cas, il faut accepter de ne pas connaître la phrase avant qu’elle soit terminée.
Et peut-être est-ce cela que vous venez aussi chercher au cabinet, pas uniquement deux mains, pas uniquement du magnétisme, mais un endroit où, pendant quelque temps, quelqu’un vous accorde toute son attention, sans jugement, sans précipitation, sans chercher à vous faire entrer dans une théorie.
Puis vient le moment du soin. Vos mots s’arrêtent. Mes mains commencent à écouter autrement. Et entre les deux, j’espère simplement ne rien avoir oublié de vous.
“La médecine c’est guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours.”
Louis Pasteur
